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CAMINEL


Après la plaquette de l'histoire de MASCLAT, La Mairie vous offre la chronique historique de la foire de CAMINEL qui ne manquera pas de vous intéresser.



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-Caminel-

(Village de la paroisse et commune de Fajoles)

Cette Commune de 1800 à 1841 été rattachée à MASCLAT.


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Perdu au milieu des bois à quelques kilomètres de FAJOLES et de MASCLAT, à mi-chemin entre ces deux lieux, le village de CAMINEL constitue un carrefour qui dût être jadis assez important. De cet endroit rayonnent plusieurs petites routes ou chemins menant à LAMOTHE-FENELON, FAJOLES, SALES, MASCLAT, ST-JULIEN-de-LAMPON, Le VIGAN, etc...


Ce nom de CAMINEL semble être une forme de « Cami » qui en patois signifie « chemin » sans pour autant expliquer « CAMINEL ».


CAMINEL est du ressort de la commune et paroisse de FAJOLES. Son appartenance à cette dernière ressort dans tous les actes anciens et l'époque de ce rattachement se perd dans la nuit des temps.


En ce lieu se tient le 11 août de chaque année une foire très pittoresque et originale s'étendant sous les châtaigniers centenaires aux troncs énormes.


Elle est placée sous le vocable de Saint-Laurent (1)

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(1) Saint-Laurent, diacre, martyr en 258, sous le règne de Valérien qui le fit placer sur un gril de fer chauffé par des charbons ardents. C'est le patron des cuisiniers, cabaretiers, pompiers. Fête de 10 Août (On se demande d'ailleurs pourquoi la foire de Caminel se célèbre le 11 Août invariablement)


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Cette foire attire un très grand nombre de visiteurs, et pendant toute une journée il y règne un mouvement intense qui contraste avec le calme habituel du lieu; sur ce champ de foire on trouve des marchands de chaussures, de bijoux en clinquant, de jouets, de vêtements, et aussi des vendeurs de primeurs, surtout de melons; il fut longtemps de tradition (et il l'est encore) de revenir de CAMINEL avec un ou plusieurs melons sous le bras ou dans un panier... Il y avait encore en ce même jour, et dans un endroit à part, une foire aux chevaux, aux ânes et aux mulets, mais l'automobile et le tracteur l'ont pratiquement fait disparaître, les machines agricoles et les ponts arrières provenant de véhicules réformés sont venus assurer la relève, signe des temps... Ce qui n'a pas disparu ce sont les restaurants en plein air ou les visiteurs trouvent sur place de quoi se restaurer en dégustant le canard rôti et les fritures de la Dordogne en buvant quelques canettes de bière ou de limonade au milieu d'une petite poussière soulevée par les milliers de pieds foulant le champ de foire ce à quoi nul ne prête attention étant trop occupé par ce mouvement et les rencontres de connaissance, mais la n'est pas notre propos et laissant ce pittoresque, nous allons nous plonger dans l'histoire et les légendes attachées à ce lieu.


Dans les manuscrits du chanoine Albe, déposés à l'évêché de Cahors, on relève qu'à CAMINEL existait jadis in prieur de chanoines réguliers dépendant de la maison d'Artigues en Limousin, prieuré qui, selon cet auteur, ne fut jamais conventuel.


L'église se trouvait sur le foirail actuel et la légende veut qu'elle ait appartenu aux Templiers; nous verrons plus loin ce qu'en écrit l'abbé Espitalier qui fut curé de Fajoles de 1831 à 1880.


Le chanoine Albe indique que l'on trouve une liste des Prieurs de Caminel dans l'introduction à l'histoire du Collège de Limoges, par Leroux (p. 60) de 1475 à 1781. Et il cite:


Jean Calle, 1464, Antoine Cépière, 1467.

En 1494 Antoine d'Estaing, alias Uzier résignait en faveur de son neveu, Olivier Cépière, clerc du diocèse de Limoges.

En 1541, François Cépière, clerc du diocèse de Cahors remplaçait Olivier, son oncle.

En 1607, Me Jacques Labrieux; en 1690 Jean Hébray.

Le pouillé alphabétique nomme vers 1770, Me Maurice de Paris.


Toujours d'après le chanoine Albe, le 18 juin 1791, les biens du prieuré et l'église étaient vendus 360 livres à un certain Antoine Olivier.


La légende, qui se répète au cours des temps veut que les moines de Caminel disaient aux habitants de la région: « Ici est le centre du monde » et ils invitaient à leur apporter de l'huile pour graisser l'axe autour duquel ce monde tournait.


En 1869, M. Espitalier, cité plus avant, écrivait un document dont nous extrayons l'essentiel:


« Fajoles, canton de Payrac, diocèse de Cahors, est une paroisse fort ancienne, désservie en partie avant la Révolution de 1789 par les chanoines qui en prélevaient la dîme. L'autre partie qui comprenait Caminel et ses environs était desservie par les Templiers (sic) qui avaient leur église au milieu du foirail actuel. Quoique les Templiers aient été détruits au XIVe siècle, leur église, consacrée à Saint Laurent, avait subsisté très longtemps » (2)


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(2)On sait que l'ordre des Templiers, ou Chevaliers du Temple fut crée (en 1118 selon Larousse - en 1128 selon l'écrivain G. Lacoste «  Hist. du Quercy, T.II p.30) par Hugues de Payns ou Pagane ou Paganis... et huit autres chevaliers Français, compagnons de Godefoid de Bouillon. Après avoir été en Orient l'avant garde des armées chrétiennes cet ordre fur frappé à la tête en la personne de Jacques Molay, son grand-maître. Clément V avait, à l'instigation de Philippe le Bel, supprimé l'ordre et en 13 Octobre 1307 se fit dans tout le royaume l'arrestation des Templiers (G. Lacoste - T.II p.439 et suiv.° Parmi les chevaliers arrêtés étaient Raymond (ou Reynaud) et Pierre de Tayac, d'une famille Gourdonnaise. Amenés à Paris, ils furent probablement brûlés avec tant d'autres de la région Quercynoise.


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L'abbé Espitalié relate qu'en 1831, lors de son arrivée dans la paroisse, cette église était en grande partie ruinée, le toit était tombé et une grande partie des pierres avaient été enlevée par les voisins qui s'en étaient servi pour faire des constructions tant dans la paroisse que dans les paroisses voisins.


Son prédécesseur, M. François Najac, avait vainement protesté contre ce gaspillage. Après bien des formalités, et en se basant sur les anciens décrets et lois qui avaient trait au rétablissement du culte en France, la Fabrique fut enfin autorisée à vendre le peu de matériaux qui restaient. Malheureusement, pendant toutes ces démarches les démolisseurs avaient continué leur oeuvre de destruction et en définitive, cette vente ne rapporta que la somme de 140 francs. D'après M. Espitalié, l'église était située presque au fond de la vallée, sur le chemin qui va à Lamothe-Fénelon (figure encore sur le plan cadastral de 1810 de la commune de Masclat) et il précise qu'il y avait un espace de terrain entre ce chemin et l'église, « le cimetière ». Il présume que le monument aurait entretenu longtemps après la destruction du monastère, se basant quant à cela sur un dicton qui était encore vivace en 1831 selon en temps de sécheresse il n'y avait s'adresser à St-Laurent et faire une procession à cette église pour être sûr qu'on aurait de la pluie dans la journée. On recommandait même de se munir du capuchon pour aller « à St-Laurent »....


Cette tradition était si bien ancrée dans les moeurs que l'on demandait à l'abbé Espitalié d'aller faire une procession non à l'église qui n'&tait plus qu'un tas de pierres et de ronces mais à la croix dite « de St-Laurent » qui était placée au bout du foirail. L'abbé fait remarquer qu'il avait recueilli cette tradition de la bouche de vieillards âgés de plus de 80 ans lors de son installation en 1831. Il dit encore que de son temps existait une maison de vielle date, menaçant ruine quoique bâtie en pierre de taille et l'on nommait « La Caminade ».


De nos jours, une maison de Caminel est appelée « La Caminade » et son propriétaire, nous disait-on, possédait de vieux livres provenant du monastère ce qui nous intriguait un peu. Nous avons eu en main quelques un de ces livres, et en fait il s'agit tout simplement de livres de théologie, bien abîmés dont l'édition est du XVIIIe siècle ce qui réduit à néant cette légende...


Lors de installation, M. Espitalié s'enquit du lieu ou était bâti le monastère des religieux. Il n'en restait aucune trace et il lui fut répondu que le château de Masclat avait été construit avec des matériaux qui composait le couvent et « que celui-ci était en dessus de l'église ».


Actuellement que reste-t-il comme vestige du passé en ce lieu étrangement captivant? Rien ou à peu près; le foirail planté de ces beaux châtaigniers dont il a été fait mention au début de cette petite étude ne recèle, tout au moins en surface, aucun indice qui puisse indiquer au profane qu'ici s'élevèrent un monastère et une église, mises à part quelques très rare pierre éparses dont les forains se servent pour caler ou étayer leur éventaire lors de la foire annuelle et une sorte de hangar dont l'appareillage des murs est constitué par des pierres d'une grosseur anormale pour un tel bâtiment, lesquelles pourraient bien provenir des ruines du monastère. Dans les bois et les taillis se trouvant en contre bas de ce foirail, M. le curé doyen de Payrac a trouvé récemment une partie de croix la ou il semble qu'était l'église de cet établissement si l'on se rapporte à ce qu'en a écrit le curé Espitalié. Ce fragment de croix a été déposé dans l'élise de Fajoles.


En contre bas encore de ce bois, dans un vallonnement se trouve un puits caché dans les ronces, que tous les gens du pays disent être le puis du monastère.


Enfin, dans un champ se trouvant proche de ces lieux, notre collègue, M. Dupont a trouvé, enfoncé profondément en terre, un fût de pilier composé de quatre colonnes avec astragales et chapiteau très primitif de type roman très simple, sans sculpture. Tout cela est peu de choses. (3)


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(3)- D'autres vestiges sont peut-être enfouis dans le sol, nous le saurons si quelques hasard s'en mêle....


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Nous avons vu que l'abbé Espitalié faisait état de la construction du château de Masclat avec les matériaux du monastère ruiné. Cette tradition subsiste encore et de vielles gens de Caminel que ces matériaux furent transportés à Masclat à dos de Mulets et que ces bêtes , à force de faire le chemin, n'avaient plus besoin d'être accompagnées....


Ceci pose une double question: à quelle date fut détruit le monastère, à quelle date fut construit; (ou reconstruit) le château de Masclat?


L'ordre des Templiers ayant été supprimé au début du XIVe siècle, il y a tout lieu de supposer que la destruction du monastère de Caminel serait vers cette époque, à supposer qu'il ait vraiment appartenu à cet ordre, et quant à la construction du château de Masclat pouvons nous rattacher cet événement aux quelques notes concernant ce lieu puisé dans « l'Histoire du Quercy » de Guillaume Lacoste? Voici ce que nous relevons dans cette source intarissable:


En 1326; Bernard de Massaut tenait en fiel franc et noble avec serment de fidélité, de Gilbert de Thémines, seigneur en partie de Gourdon, tout ce qu'il avait dans diverses paroisses dont Masclat (3). En 1360, nouvel hommage de Ricard de Mareuil cette fois, seigneur de Masclat (4).


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(3)- G. Lacoste, t.III p.41 (4)- id t.III p.169


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D'autre part, Dominicy dit que X.. de Cardaillac donna au XIVe siècle, à son fils Guillaume, evêque de Montauban, sa vie durant, le bien et villa de Masclat (5)


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(5)- cf. Manuscrits du chanoine ED. Albe – Cahors.


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Cela ne nous apprend rien de précis sur ce château de Masclat.


Si l'on se fie à l'architecture de ce dernier sa construction semble fort ancienne. Son corps de bâtiment principal, d'allure massive et presque nue flanqué de deux fortes tours tronquées à une quinzaine de mètres du sol et certaines partes du château indiquent des remaniements et adjonctions portant la marque d'un début de la Renaissance très fruste. Peut-on penser que son édification (ou réédification) fut contemporaine de la ruine du monastère de Caminel ou postérieure à cette dernière? Nul ne peut nous dire et rien ne nous l'apprend; il nous faut donc en rester aux suppositions car il serait hasardeux de s'en rapporter aux parties Renaissance pour en inférer que c'est de cette époque que daterai le transfert à Masclat des pierres du monastère de Caminel... Il nous faut patienter et attendre du hasard la réponse à nos questions si tant est qu'elle existe quelque part.


Comme Fajoles, Caminel était de la seigneurie de de messire de Thémines; seigneur de toute la Bouriane puis passa après l'extinction de ces derniers aux d'Estrées. Caminel &tait aussi de la directe du Prieur, nous le verrons dans les actes venus en notre possession. D'après le chanoine Albe, le revenu de ce prieuré de Caminel serait 200 livres .


Dans les manuscrits de cet auteur nous relevons que « Le 11 Juin 1481, messire Déodat de Thémines faisait une transaction avec gens de Caminel qui paieraient désormais trente deniers par feu pour compenser le droit de guet «  de fact. et de garde ». Ils ne seraient tenus à faire le guet au château de Milhac qu'en cas de nécessité, et alors ils ne paieraient rien en fait de blavade (blé), cire etc... Les habitants de Fajoles avaient été dispensé de même en 1479.


Des quelques actes notariés venus en notre possession certains font état des Prieurs de Caminel. Ainsi le 4 décembre 1646 un acte de vente d'un « petit tronsson de terre friche size et scituée dans la juridiction et paroisse de Faioles » faite par un nommé Géraud Vernier dit Paleton, habitant de Caminel à unnommé Pierre Laval, stipule le cens et rente annuelle et perpétuelle dus au dit sieur prieur de Caminel. Un autre acte en date du 23 septembre 1648 est une reconnaissance de dette faite par un nommé Pierre Deviers dit Négrou, habitant de Caminel, lequel confesse devoir à François Verniolle, marchand habitant de la ville de Gourdon, la somme de « quarante et une livres tournoises »... à cause de la vante des chastaniers du prieuré de Caminel dicelles led Veriolle adict avoir droict et causedud sieur prieur dicelles chastanies led Deviers cest contanté...


Cet acte semble indiquer que Pierre Deviers avait acquis le droit de récolter les châtaignes des dits châtaigners, ainsi qu'il ressort des différentes orthographes employées .


Aussi le 13 février 1703. Jean Deviers et autre Jean, cordonniers de Fajoles vendent à Antoine Camez, tisserand de Caminel « une pièce de terre clos apellé le clos de Beyne... directe du sieur prieur dud Caminel... » confrontant d'un côté avec le fief du seigneur « deuc destrees »... l'acte stipule « la rente due aud sieur prieur dud Caminel ».


Encore, le 26 juin 1709, Arnaud Périgot, sergent habitant de Masclat, vend à Antoine Escalmel, tisserand de Caminel, un près sis au mas de Liset, de la directe du sieur prieur de Caminel sous la réserve de la taille et rente «  que pourra devoir à l'advenir lad rante due au sieur prieur dud Caminel ». Dans tous ces actes, provenant de l'ancien notariat de Vidal (paroisse de Rouffilhac), le nom du prieur intéressé reste dans l'anonymat.


Malgré le manque d'autres renseignements du même ordre nous savons que le prieuré existait encore à la Révolution puisque nous l'avons vu plus avant, les biens de cet établissement furent vendus le 18 juin 1791.


Lorsque l'on voit le village actuel, tout petit, on a peine à croire que la exerçaient des praticiens (homme de loi).. Nous avons relevé la trace de deux de ces derniers; le 15 mars 1691, Pierre Bornes, praticien habitant de Caminel (actes de Lamothe-Massaut. le 18 septembre 1702 Pierre Lacombe, également praticien du même village (actes de Nozac).


Habitaient encore en ce lieu des maçons (1640), des tuiliers (1646). En 1646 Me Jean Maury, praticien de Fajoles possédait à Caminel un boriage qu'il affermait à un métayer nommé Barthélémy Vernet. Il y avait aussi des tisserands (1646 - 1703 - 1709) des charpentiers (1702 - 1709), des laboureurs, et peut-être d'autres membres de corps de métiers dont nous n'avons pas trouvé trace. De nos jours on chercherait vainement un membre de ces corps de métier. Seuls quelques propriétaires exploitants vivant sur leur petit bien ancestral, mais pour ce petit village il en est tant d'autres hélas, les jeunes partent vers d'autres destinées et l'on assistera à la mort de ce lieu qui connut d'autres activités... à moins que, le mouvement se dessine lentement, il parvienne à se repeupler de ceux qui, las et fatigué de la vie des grands centres viendront y chercher le calme et le repos dans la paix des champs et des bois seulement troublée chaque année par le jour traditionnel de la foire.


FIN


H. Viers et abbé P. Boisset, membres correspondants.


1964 - 1965


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Réédite par les soins de la Mairie de Masclat pour être distribué gratuitement aux habitants de la Commune.

Mars 1995.






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