Accueil 1. Chronique historique 2. La Seignurie 3. Les de Vervaix 4. Le Taillable 5. Biens Nobles 6. Le Fournel 7. Le Livre des Reconnaissances Féodale de 1764 8. Autres Seigneurs de Masclat - XVIIIè siècle 9. Jugement de Saisie et Vente aux Encheres 10. L'Eglise 11. Divers 12. Quelques Actes 13. Addenda

MASCLAT EN QUERCY

Jugement de Saisie et Vente aux Enchères de "Masclat" (extraits)

(1)   La vente aux enchères du château de Masclat et de son domaine, dont l'extrait de la matrice cadastrale fut certifié conforme le 1er Janvier 1859 par le maire, nommé Planchou, fut effectuée en Mai et Juin 1859 à la suite d'un jugement de saisie dont nous extrarons la description des immeubles mis en vente : 

(2)   1) – Une maison sise au chef-lieu de la commune de Masclat, construite en pierres, couverte, partie en tuiles crochet et partie en ardoises, confrontant de trois côtés, avec le pâtus, ci-après désigné... et du nord avec la terre ou jardin... « Ce bâtiment présente, dans son ensemble, une vaste masure de maison ou ancien château, actuellement inhabitable, composé d'un rez-de-chaussée, premier et second étages, caves au-dessous et granier par dessus ».

(3)   « Desservie, savoir : au midi, par une porte gothique placée au bas de la Tourelle ci-après désignée et à cet aspect, le premier (étage) reçoit le jour par trois croisées et le second également par trois croisées ».

(4)   « Au milieu de cette façade, formant, pour ainsi dire, un rectangle, existe une tourelle, dans laquelle se trouve pratiqué un escalier aboutissant aux divers étages du bâtiment. Cette tourelle est éclairée par quatre petites croisées au nord ».

(5)   « Le rez-de-chaussée est desservi par deux portes, et éclairé par trois croisées ; le premier (étage) reçoit le jour par cinq croisées et au même aspect se trouve encore une porte pour le service de la cave – Au levant, le premier (étage) est éclairé par trois croisées, et au couchant, le rez-de-chaussée est desservi par deux portes, l'une cintrée et l'autre carrée, et le premier et le second sont éclairés, chaque étage, par une croisée ; à chacun des angles de cette façade, existe une tourelle, formant avant-corps au bâtiment ».

(6)   2) – Un bâtiment tombant également en ruines à usage de grange, construit en pierres, couvert en tuile crochet, confrontant du levant et du midi, à la place publique de Masclat, et des autres horizons, au sol et patus ci-après désigné »...

(7)   « Ce bâtiment est desservi par une grande porte et cinq autres plus petites, et le grenier à fourrages par une grande lucarne ou mansarde... ce bâtiment était anciennement le chay du château avec lequel il fesait (sic) corps et il a été converti en grange »...

(8)   Etait encore compris dans la vente, un jardin situé au même lieu de Masclat, une vigne, un bois...

(9)   « Tous les immeubles ci-dessus désignés, sont, du reste, contigüs et ne forment qu'un seul corps entouré de gros murs ».

(10)   Au tènement de « Champ de course », ou de « Courty (ou Cousty) » était également une pièce de terre laborable, et y confrontant, une maison (avec) petite étable ou grange, les bâtiments se composaient « d'un rez-de-chaussée et grenier par dessus ».

(11)   Ces derniers bâtiments ne figuraient pas à la matrice cadastrale de la commune parce qu'ils avaient été construits depuis la confection du cadastre, sur la terre du Champ de course.

(12)   L'acte du jugement stipule qu'ils sont la propriété « dudit sieur Gabriel Casimir Jules de Nattes de Villecomtal, qui les a recueillis dans les successions de ses auteurs et sont jouis et exploités respectivement par Monsieur Raymond (c'est une erreur, il se nomme Laurent) Manié, curé de la paroisse de Masclat, qui les détient à titre de locataire verbal (c'est-à-dire : le château, la grange ou ancien chais, le jardin, la vigne et le bois).

(13)   La terre dite du Champ de course est jouie et exploitée, « on ne sait à quel titre, par les sieurs Louis Pebeyre, cultivateur à Masclat (vraissemblement l'ancien régisseur du domaine de Mr de Corneilhan, cité dans ses lettres de 1837 et 1839), et Jean Bazet, tailleur d'habits, demeurant au Grézal, dite commune de Masclat » (Le Grézal, lieu qui se trouve au carrefour des routes de Gourdon à Masclat, et des routes de Masclat à Lamothe-Fénelon, et de Masclat à Caminel, en 1645 et en 1764, on y dénombrait 23 feux).

(14)   Quant à la maison et grange du Champ de course elles étaient jouies et exploitées « par le Sr Jardel, aubergiste à Masclat qui les détient à ce qu'il parâit, à titre de locataire verbal ». *

(15)   La mise à prix de l'ensemble des biens saisis était de 10.000 frs et après enchères ils furent adjugés à Me Veyssié, agissant pour le sieur François Planchou, fils , propriétaire et maire de Masclat, pour la somme de 11.000 frs plus les frais (17 Mai 1859).

(16)   Mais Me Manié, prêtre, desservant de la paroisse de Masclat (et, nous l'avons vu, locataire du château), assisté de Me Eugène Ayzac, fit une surenchère du sixième, et le 14 Juin 1859 il fut procédé à une seconde mise aux enchères sur une nouvelle mise à prix de 13.000 frs et ce fut à nouveau François Planchou qui définitivement devint acquéreur de tous les biens précités, pour la somme de 14.000 frs, plus les frais.

------

(17)   *  (Tous ces immeubles existent encore, et la maison et sa grange étaient il y a encore peu de temps, un petit café et la poste rurale.)

------

(18)   C'est ainsi que le château de Masclat et son domaine, après avoir été aux mains de plusieurs seigneurs ou co-seigneurs « hauts et puissants », vint en la possession d'un propriétaire et maire de Masclat et qu'il passa par la suite à une famille Pebeyre, alliée à la famille Planchou.

(19)   Nous avons vu, au début de cette affaire, que la vente du château et de son domaine avait été ordonnée à la suite de l'action entreprise par Madame Gabrielle Donadieu, épouse de Mr Maurice Ludovic Pons, marquis de Villeneuve. Gabriel Donadieu avait eu de Ludovic Pons, entre autres enfants, Léontine de Villeneuve, qui fut, dit-on, « le dernier amour extra-conjugale Chateaubriand ».

(20)   Fiancée au comte de Castelbajac, qui fit preuve de patience, elle retarda lontemps son mariage, dans sa passion, disons littéraire, pour l'illustre écrivain. Elle lui écrivait des lettres où elle exprimait son admiration, lettres qu'elle signait « Adèle » et Chateaubriand crut tout d'abord à une mystificatrice mais par la suite ils échangèrent une correspondance brûlante... René, sexagénaire, n'hésitait pas à lui déclarer, à elle qui n'avait que vingt quatre ans : « je vous aime trop, je suis comme un vieux fou... ».

(21)   Léontine, son « ocittanienne », alla même le retrouver à Cauterets où elle séjourna avec lui, et rentrée à Hauterive, l'invitant à lui rendre visite dans son château tarnais, elle continua à lui adresser des missives d'admirative amitié, si ce n'est plus... On trouve l'echo de cette passion dans le manuscrit posthume de Chateaubriand intitulé : « Amour et vieillesse » (Communiqué par Mr Lalande, et extraits de « Bicentenaire de Chateaubriand » dans « Miroir de l'Histoire » par Pierre de Gorsse, Septembre 1968, pp. 78 et 79.

(22)   Revenons à Masclat que Léontine de Villeneuve nous a fait quitter. De nos jours nous voyons le château tel qu'il fut décrit dans l'énumeration descriptive de la vente de 1859 à la difference qu'il est redevenu habitable. Nous remarquerons que les tours sont toutes tronquées à l'hauteur des combles. La partie qui est au couchant semble plus récente que celle qui lui est accolée et est munie de la porte gothique s'ouvrant au bas de la tour qui renferme l'éscalier en vis qui dessert le sous-sol et les étages de l'édifice. Cette porte est à linteau droit à angles arrondis, moulurée, elle est surmontée d'un très bel écu gothique, malheureusement martelé ainsi que les culs-de-lampe sur lesquels reposent les arcs brisés qui sont surmontés au centre, d'un pinacle en partie brisé.

(23)   Cette partie du château, toute proche de l'église, porte les traces de remaniments, c'est ainsi que l'on remarque, au levant, dans un renfoncement et en partie enterré, une forte ouverture à arc brisé et qui été murée. A proximié, on voit encore quelques vestiges de remparts avec leur chemin de ronde et leurs meurtrières, ils viennent se souder au bâtiment qui se trouve à main droite dans la grande cour des communs (c'est l'ancien chais du château) et à gauche, avec pignon ouest de l'église. A gauche, dans cette cour et dans le bâtiment qui fut auberge, une très belle porte est surmontée d'un grand écu ovale qui semble en attente.

(24)   On pénètre dans cette cour par un grand portail en plein cintre, veuf de ses vantaux, il est surmonté par un magnifique écu à trois bandes, sculpté dans la pierre, nous y voyons les armoiries des Salignac-Fénelon. A l'interieur du château, dans le grand salon du rez-de-chaussée, au-dessus de la cheminée, on voit un écu à cinq bandes ou cotices, malheureusement peint de couleur uniforme ; peut-on voir en cet écu les armes des de Vervaix ?

(25)   Non loin du château, sur le pignon de l'ancien presbytère s'ouvre une charmante petite fenêtre du pur XVè siècle, et à deux pas de cette dernière une porte murée, qui donnait jadis accès au jardin de ce presbytère, porte sur son linteau légèrement cintré, date de 1761 et le nom du maçon qui le posa : Blan. Nous avons relevé le nom de ce maçon dans le livre des Reconnaissances de 1764, il se prénommait Laurens et habitait au village del Grézal.

>> L'Eglise

Valid HTML 4.01 Transitional